Le spectacle, l’auteur et le comédien
Bonjour Ourco. Parlez-moi de votre spectacle.
Les Alexandrades, c’est un seul en scène d’une heure d’une dizaine de sketchs aux couleurs différentes sur leur forme et leurs personnages. Le lien entre eux est une écriture 100% en alexandrins et en rimes : plus de 600 au total. J’ai créé ce néologisme en mélangeant « alexandrin » et « tirades ».
Du coup, ça ne donne pas un coté pompeux ou rétro ?
J’ai bien raboté le style et apporté mes nouvelles règles en terme de diction. Nous ne sommes plus dans le classic des vieilles règles de diction. J’ai dépouissiéré pour un langage moderne, tout en conservant les 12 pieds. La rime permet aussi de jouer sur les mots. Dans le théâtre classique, la syllabe d’un mot se terminant par un « e » doit être prononcée si le suivant commence par une consonne. Je m’affranchis de cette règle selon que ça sonne ou pas, dans le langage courant on ne prononce pas toujours ce « e ».
Vous pouvez expliquer par un exemple ?
Un texte cuisiné avec ses saveurs crues,
Les syntaxes s’entremellent telles des pâtes Lustucru.
Sur le premiers vers, on prononce le « e » de « texte », ce qui a du sens et clair en diction, d’autant plus qu’il est suivi d’une consonne. Sur le second vers, le prononcer sur « s’entremellent » rendrait le texte inécoutable. Personne ne parle ainsi. Eventuellement, je pourrai le prononcer sur « synatxes » ou « pâtes » sans choquer. Je me sers de cette astuce parfois, justement pour retomber sur mes 12 !
Vos 12 ?
Mes 12 pattes ! lol
Ah ah, très drôle !
C’est justement ce qui me plait dans cette écriture, c’est de jouer sur les mots.
Du coup, vous faites comment pour écrire ?
Au départ, il y a l’inspiration de l’idée et de son style. En général, je trouve rapidement ma conclusion, je sais où je vais. Ensuite, ce sont souvent les mots et leurs rimes qui vont m’aider à construire mes paragraphes. Dans le skecth du restaurant, nous avons 18 rimes sur la syllabe « bar » qui se suivent et sur les 6 derniers vers, une demi-rime en plus. Pour moi, c’est un jeu d’écrire. Une fois terminé, je commence à apprendre, et là, je peauffine et je peux modifier des dizaines de fois : pour améliorer le sens, la diction, le jeu de mot, mais aussi le jeu. C’est un tout qui ne fait qu’un.
Dans plusieurs sketchs, vous imterprêtez plusieurs personnages en même temps, ce n’est pas très habituel…
J’avais déjà fait du one man show où j’interprétait qu’un unique personnage par sketch, qui parlait à d’autres autour de lui, mais qui étaient imaginés. Quand j’ai réécrit mon premier sketch, j’avais dans l’idée un duo. Dans l’attente de trouver un partenaire, j’ai commencé à apprendre mon texte. Et comme j’étais tout seul, pour me donner la réplique, j’ai appris les deux rôles. Je pensais trouvait quelqu’un pour m’accompagner, mais à force de ne pas trouver, un jour, je me suis dit : en fait, c’est génial, et c’est surprenant de tout jouer. Du coup, ça m’a inspiré pour la suite : j’ai même rajouté des animaux, et des personnages annexes comme l’assistante nymphomane du docteur ou les lutins du Père-Noël. J’ai du coup appelé ce style du Multi One Show !
Tous les sketchs sont à plusieurs personnages ?
Pas du tout. La continuité est l’Alexandrin de 12 pieds en rimes. Mais je tenais à avoir de la cassure. C’est un texte d’une heure qui demande beaucoup d’écoute, le spectateur ne doit pas décrocher, d’où ces variations : moi-même, du multi-personnages, un poème, une page de pub, un narrateur, une partie interactive avec le public, un moment aussi de grande émotion et une surprise pour la fin… Mais je n’en révellerai pas plus.
D’où vient votre inspiration ?
- Le plaisir de m’amuser en écrivant et aussi en jouant.
- Parfois il se murmure, voire même il se susure :
- Que les auteurs s’inspirent de leurs propres fissures,
- Et que les comédiens, puisent dans leurs blessures.
Le sujet du skecth me vient comme ça. Je me dis, j’aimerais bien explorer ce thème. Parfois, il y a du vécu, pour d’autres, comme la météo
Un petit secret ?
Oui, j’ai caché un « easter egg » dans mon texte. J’utilise cet anglicisme pour dire objet caché, il m’arrive aussi parfois d’utiliser un mot étranger que tout le monde comprend, ça donne de la consistance. Donc, si vous venez me voir, il y a un alexandrin de 13 pieds. Je vous donne un indice, c’est dans le poème. Mais pourquoi me direz-vous ? Ce n’est pas une erreur, l’explication est dans le sens !
Donnez-moi envie de venir…
Ce sont ceux qui l’ont vu qui en parlent le mieux ! De l’humour, de la poésie, du texte, de l’émotion, du rythme, des voix, des jeux de mot, de la participation… Le multi-personnages en solo n’est pas commun, tout comme le « tout alexandrin » qu’on finit même parfois par oublier.
Mais je pense que les spectateurs qui sont venus sont avant tout surpris !